» Vol d’organes  » : Une famille accuse

Le Parisien
18 mai 1992

«  Vol d’organes  » : Une famille accuse

En épluchant la facture, envoyée par erreur, des frais d’hospitalisation, M. et Mme Tesnière se sont aperçus qu’on avait prélevé plus d’organes que prévu sur le corps de leur fils.Le 28 juillet 1991, un jeune homme de dix-neuf ans, Christophe Tesnière, qui circulait à bicyclette à Dieppe, où il vit avec ses parents, est renversé par un automobiliste. Emmené à l’hôpital de Dieppe dans le coma, il est transporté par hélicoptère au centre hospitalier universitaire d’Amiens, où il décède le 5 août.

Mais avant cette issue fatale, le chirurgien, le docteur Jean Tchaoussof, demande à la famille, comme c’est l’usage, si elle accepte que le coeur, le foie les deux reins de Christophe soient transplantés sur d’autres malades. Mireille et Alain Tesnière acceptent.

Enseignants et athées, ils sont profondément convaincus de l’utilité des dons d’organes ; lors de l’enterrement de Christophe, Mireille, sa mère, lira un texte sur ce thème où les deux parents se consolent en pensant qu’au moins, la mort de leur fils a pu aider à sauver d’autres vies humaines…

Une plainte contre X

Pourtant, il y a deux mois, par l’intermédiaire de leur avocat Gilbert Collard, Mireille et Alain Tesnière ont déposé une plainte contre X auprès du procureur de la République d’Amiens pour « vol et violation de sépulture « . Parce que, ont-ils expliqué, on leur a menti sur le nombre et la qualité des organes qui ont été prélevés sur le corps.

C’est au cours de la procédure judiciaire pour homicide involontaire qui suit l’accident de la circulation qu’ils prendront en effet connaissance du compte-rendu opératoire. Non seulement le chirurgien a prélevé sur leur fils le coeur, le foie et les deux reins, comme annoncé, mais aussi l’aorte descendante, l’artère iliaque et fémorale droite, les deux veines saphènes internes et la veine fémorale droite, sans oublier les deux yeux, en violation, disent les parents, de la législation.

Ces parents indignés soulignent que le corps de leur fils n’a pas été recousu « proprement  » comme l’engagement en avait été pris par le chirurgien, mais « du pubis au sternum  » avec un fil métallique, comme pour une autopsie.

Enfin, comble du mépris bureaucratique, ils recevaient en novembre dernier une facture du C.H.U. d’Amiens de 6 000 F pour les « interventions chirurgicales » effectuées sur leur fils…

La non-transparence.

Contacté hier à l’hôpital, le docteur Jean Tchaoussof, anesthésiologiste et membre de France-Transplant, a admis, sur ce dernier point « qu’il y avait eu une erreur administrative regrettable, mais qu’il n’a jamais été question que M. et Mme Tesnière, paient cette facture. « 

Pour les autres griefs, le chirurgien se retranche derrière la loi Caillavet « qui ne détaille pas le nombre et la qualité des organes et des tissus que nous sommes en droit de prélever. Si la famille est consentante, et c’était le cas, nous pouvons prélever tout ce dont nous avons besoin pour sauver des vies humaines, y compris de la peau pour des grands brûlés (bien que maintenant on fasse des cultures synthétiques de peau) ou des tissus cornéens « . Quant au motif principal de révolte des parents, la non-transparence des prélèvements, le médecin affirme :  » Quand des parents viennent de perdre un enfant, il serait indécent et insupportable de leur faire connaître le détail de tous les prélèvements. D’ailleurs, en général, ce n’est pas cela qui les intéresse : c’est de savoir si les transplantations effectuées grâce à leurs dons ont réussi. « 

Jean Darriulat

 


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